Genève, rue du Rhône : Mythe ou réalité?
 
Le 19-07-2007

Lorsque l'on parle de la rue de Rhône à Genève, nous sommes nombreux à imaginer de richissimes nababs aux valises débordantes de dollars, venant s'enquérir d'une pièce d'horlogerie ou de bijoux surclassant tous les superlatifs?

Stratégiquement intéressant
Nous nous sommes rendus chez Kerdanian, qui possède une de ses prestigieuses horlogeries bijouteries au 35 rue du Rhône. En effet, cette rue d’une centaine de mètres, débordante d'enseignes, a façonné l'image perçue de notre Helvétie par-delà les frontières. Aimablement accueillis par trois des quatre enfants Kerdanian, originaires d'une Arménie vouée à l'artisanat, et ayant hérité du savoir faire d'un père horloger et d'un oncle bijoutier, leur aventure dans le domaine a débuté il y a déjà un quart de siècle. Initialement installé dans le Passage Malbuisson, nous explique Jasmine, la mise en place d'un nouveau magasin rue du Rhône s'est principalement faite par un choix que l'on peut qualifier de stratégique. Il est tout à fait logique de s'implanter dans un lieu où le passage de clients est propices à la vente d'articles de luxe.

Pourtant, ce qui reste un mystère, c'est le pourquoi d'un attrait d'une clientèle très aisée cantonné à une zone géographique ne dépassant pas d'un côté la Place Longemalle et de l'autre la Place de la Fusterie. Par contre, les prix de location du mètre carré n'ont pas constitué une énigme pour les propriétaires immobiliers qui en tirent pleinement profit. Beaucoup de petites enseignes n’ont plus les moyens de s’y implanter, avec des tarifs atteignant plusieurs dizaines de milliers de francs le mètre carré. Seules quelques grandes marques y trouvent encore leur compte, s'appuyant d'avantage sur l'image et l’aura que dégage une enseigne au sein de ce « triangle d’or » genevois, que du bénéfice réel de l'opération.

D'autres temps, d'autres clients
Les temps changent, les clients et le type d'échoppe aussi. Le marché des accessoires de luxe semble actuellement tirer meilleur profit que le « swiss made » horloger et la bijouterie qui a fait la renommée du lieu. Paradoxalement aux chiffres annoncés sur les ventes récentes d’horlogerie de prestige, davantage basé sur l'exportation, on ressent ici une légère diminution de la clientèle véritablement fortunée. Cette dernière, actuellement constituée de nouveaux riches, provenant de pays asiatiques ou d'ex-union Soviétique, y dépense son argent plutôt prudemment. Il semble lointain le temps où les clients venaient des pays des Mille et une Nuits, dépensant à tout va, dans un rapport avec l'argent transpirant un liquide noirâtre dont ils emplissaient leurs barils. Les mois fastes de juillet et août d'il y a dix ans sont devenus les mois creux de l'année, et les bijouteries horlogeries y travaillent davantage pour vivre que pour gagner véritablement de l'argent.

Une histoire d'image
Comme souvent dans notre pays, force est de constater que ce qu'il semble capital de conserver reste une image. Aussi belle puisse t'elle sembler, elle n'est malheureusement pas toujours conforme à la réalité du marché, et passer quelques fois à travers le miroir s'avère souvent plus qu'intriguant. Pourtant, sans cette image forte de notre pays lui conférant des valeurs sûres, notre économie ne serait sans doute pas ce qu'elle est.

Bluewin infos Magazine / Pascal Fillat

 

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